Le messager
Mig et Richez
Plus qu’un simple thriller sur fond de religion, Le Messager est aussi la collaboration de deux auteurs en quête de spiritualité.
Entre création et religion, Mig et Hervé Richez nous racontent l’histoire derrière l’Histoire.

Hervé, comment est née cette histoire si particulière ?
Hervé Richez : En fait, Le Messager vient d’un projet d’histoire humoristique écrit en 1996 que je destinais à un beau journal belge de bande dessinée. Cette première histoire était franchement désolante ! Mais elle m’avait donné envie de chercher une trame plus solide avec pour toile de fonds la remise en cause de la religion catholique. Je voulais aussi montrer qu’un personnage pouvait aujourd’hui, à l’instar de l’Archange Gabriel il y a plus de deux mille ans, tenir le destin de sa religion entre ses mains. Sauf que mon Gabriel à moi est un homme avec ses failles.
Le Messager, thriller théologique, a-t-il influé sur votre spiritualité ?
Une case du Messager H.R. : Avant de travailler l’histoire, j’étais catholique non pratiquant. Je suis passé par toutes les phases en travaillant ce projet. J’ai perdu la foi à un moment et notamment en me documentant pour l’écriture du film sur les « Neo Born Christians » dont la président Bush fait partie et comment la foi était exprimée d’une manière générale aux États-Unis. Puis je l’ai retrouvé plus tard en parlant à un prêtre puis reperdu. J’ai été pris par le remords de travailler sur ce qui était une remise en cause de certains dogmes fondateurs du catholicisme. On se pose beaucoup de questions et la plus perturbante finalement est : « Mais qui es-tu toi pour te permettre de jouer avec des choses qui sont importantes pour des tas d’autres gens ? ». Ce doute permanent a finalement eu des influences puisqu’il m’a amené à réécrire une grande partie du tome 3 et à totaliser quatre versions différentes du scénario.

Mig : Pour ma part, j’ai toujours été attiré par les religions. C’est une source de questionnement perpétuelle sur soi-même et sur son entourage. Au fil du temps, je me suis éloigné de la religion catholique car je ne trouvais pas de réponse à mes question, et je ne pouvais pas accepter bêtement certaines choses. Et puis j’ai trouvé certaines réponses dans d’autres formes de croyance, et bien entendu d’autres questions. Le problème avec l’apprentissage de la religion catholique, c’est de manque de profondeur dans le discernement de ce qui est réel et ce qui est symbolique.
D’ailleurs, cette remise en question est double et complémentaire puisque je suis dessinateur, c’est la base même de notre art de ne jamais stagner.
Pourquoi à votre avis les religions sont à la base d’autant de scénarios en BD ?
H.R. : Tous ces albums sont sortis en même temps à la fin des années 90. N’y aurait-il pas une petite résurgence de la peur de l’an mil ? La fin d’un millénaire n’est-il pas le moment le plus propice à s’interroger sur sa spiritualité ? Moi je crois que oui.
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