Dédicaces Grand Angle - tout au long de l'année
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A l'occasion de la sortie simultanée de L'Ambulance 13 et L'Oeil des Dobermans, les deux premiers titres de la collection Grand Angle Romans, nous vous proposons une interview de leurs auteurs, Patrice Ordas et Patrick Cothias
Pourquoi l’histoire ?
Patrick Cothias – Nous avons en commun avec Patrice de nous vouloir, chacun à sa façon, les défenseurs et parfois même les gardiens d’une mémoire collective qui nous paraît faire terriblement défaut dernièrement. Pour ce faire, tous les sujets sont bons à prendre, surtout ceux qui semblent les plus scabreux ou les plus ignorés aujourd’hui… C’est déjà pleinement le cas pour la Première Guerre mondiale, cela commence à l’être pour le nazisme. Il n’a fallu que deux générations ou presque : les petits-enfants de ceux qui ont vécu le nazisme ne regardent quasiment plus les documentaires, les images réelles, de la Shoah… Et finalement, ce qu’ils connaissent du nazisme, ils le connaissent surtout par les films. Il faut donc passer par le scénario, le roman, la dramaturgie, l’histoire, et se donner la peine – et le plaisir – de la raconter…
Patrice Ordas – … pour qu’on ne l’oublie pas. L’histoire peut rebuter : elle s’en tient généralement dans sa présentation aux dates, aux faits, aux analyses… C’est d’ailleurs essentiel que ces travaux existent. Mais la dimension humaine est souvent occultée, minime, sous-entendue. Pourtant, à travers des romans, des films, les gens ont un vrai goût pour l’histoire, dès lors qu’on en réveille l’aspect humain : derrière le fracas des batailles, le cliquetis des armes, le froissement des traités rompus, il y avait des hommes qui vivaient cela et qui souffraient. C’est cette dimension que nous voulons donner à voir ; celle d’une histoire moins technicienne, plus charnelle.
Patrick Cothias – Nous ne sommes pas historiens (et nous n’avons pas compétence à l’être), mais nous sommes amoureux de l’histoire, différemment : j’ai une passion pour les événements, les chronologies ; Patrice, pour le quotidien. J’essaie d’établir des correspondances, des rapports, des convergences, au travers des dates, des hasards, voire des faux hasards que j’apprécie plus que tout. Dès que nous abordons cette grande histoire qui me séduit, Patrice, lui, s’attaque à la petite. À la vie de tous les jours, de comment on vivait jusqu’à la forme du bol ! En cela, nous sommes très complémentaires. Et nous nous intéressons aussi à ce que l’histoire tait, omet, oublie. C’est un matériau extraordinaire !
Pourquoi (et comment) les romans ?
Patrick Cothias – En partant de tout cela, à force d’accumuler des notes, nous finissons par inventer – ce ne sont que des inventions, de scénariste ou de romancier – des histoires qui correspondent tellement à ce qui aurait pu être que nous nous mettons à les croire !
Notre position nous donne une marge de manœuvre immense ; nous pouvons faire des rapprochements, prendre des chemins de traverse, croiser les études et les sujets. Le travail de l’historien, lui, exige une somme de connaissances et une spécialisation telles, sur un sujet donné, qu’il est quasiment impossible de les démultiplier. Par exemple, le biographe de Dumas père nous apprendra qu’il se trouvait tel jour à tel endroit, le biographe de Stendhal de même, et nous, grâce à eux, nous allons nous dire qu’ils se trouvaient donc le même jour au même endroit et envisager quelque chose à partir de cela.
Patrice Ordas – Nous nous posons souvent des questions au regard de certaines choses que l’on considère encore comme des coïncidences et qui pour nous peuvent être justifiées dans un roman. On peut, dans un roman, leur trouver une raison. Quitte à ce que, parfois, le roman puisse modifier, à raison ou à tort, notre perception de certains faits ou personnages, comme ça a été le cas pour Anne d’Autriche, Catherine de Médicis ou Henri III avec Dumas… Le roman ne peut pas non plus se substituer à l’histoire, et il est essentiel que l’on continue à l’enseigner.
Histoire contre OGM : il faut continuer à enseigner l’histoire !
Patrice Ordas – J’ai travaillé vingt-huit ans dans l’enseignement, j’ai vu le niveau des élèves se modifier ; j’ai vu qu’on refusait de plus en plus l’approche chronologique dans l’histoire, c’est-à-dire que l’on pouvait aisément passer de la Renaissance à l’Empire puis revenir au Moyen Âge ; qu’on ne parlait pratiquement plus de l’Antiquité, que l’on évoquait plus les guerres du Péloponnèse, Hannibal et Rome… Et on en arrive maintenant à ne serait-ce qu’envisager la suppression de l’histoire dans certaines classes terminales ! On en vient, en fait, à ne rechercher qu’une formation de l’esprit dans l’efficacité, dans l’aptitude à résoudre des équations fixées, sans plus chercher à comprendre la nature humaine, qui est une équation infiniment plus complexe. Cet appauvrissement de l’enseignement du passé m’inquiète. Ce n’est pas moi qui le dis : quiconque ignore le passé est condamné à le revivre ; or il est lourd d’horreurs, de massacres, de tyrannies et d’excès divers. Le meilleur moyen de préserver la « démocratie » n’est certainement pas de l’oublier ; surtout pas en ce moment, alors que resurgissent un peu partout populismes et nationalismes. On ne se pose plus la question de savoir ce que cela a engendré dans le passé, donc on ne voit plus venir les coups… ce qui fait qu’on a toutes les chances de les recevoir.
Patrick Cothias – Je crois que Patrice et moi avons très peur que notre monde se transforme en légume OGM ! Et bien évidemment, nous, les plumitifs, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander s’il n’y a pas dans tout cela une dimension intentionnelle, délibérée, tout sauf innocente… Notre contribution est une petite goutte d’eau ; nous cherchons avant tout à raconter une histoire, si possible une bonne histoire. Et nous serons plus qu’heureux si en plus elle peut conduire à s’intéresser à l’histoire en général, ou à réfléchir un peu sur le monde qui nous entoure…
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2 commentaires
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Merci, Philippe.
Sachez que si ce roman n'est pas adapté au cinéma, il le sera en bande dessinée avec Ordas et Cothias au scénario et Mounier au dessin. Parution en novembre 2010.
Amicalement,
Grand Angle
Bonjour,
J'ai lu nombre de livres, romans, sur la guerre de 14, (lefevre, pericard, genevoix, barbusse, etc) et là, digne d'un scénario, j'ai vécu, si tant est que l'on puisse le faire, une atmosphère, une vie, une époque. Ça n'est pas un romans, c'est presque un témoignage vécu. C'est la première fois que je lis un roman en une nuit, pris par ce chirurgien et tous les protagonistes de cette aventure. Dommage que cela ne puisse pas interesser un cinéaste, cela ferait un film bien supérieur à... tiens! un long dimanche de fiançailles.
Bravo, bravi, bravo
Philippe Dupuis
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