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Rencontre avec le scénariste Jean-Yves Le Naour !

12/08
À l'occasion de la sortie de L'Affaire Markovic, découvrez notre interview du scénariste Jean-Yves Le Naour ! 
 
Pourquoi l'Affaire Markovic a-t-elle particulièrement attiré votre attention ?
Jean-Yves Le Naour : Adolescent, j’avais lu un article sur le sujet – je crois dans un hors-série d’Historia. À la même époque, j’avais vu le film Il n’y a pas de fumée sans feu, d’André Cayatte, avec Annie Girardot, librement inspiré de cette histoire, et transposé dans le cadre d’une commune fictive de la banlieue parisienne. Puis, pendant trente ans, je n’y ai plus pensé. Ce n’est qu’en 2019, en travaillant pour un film documentaire pour France 5 – L’Affaire Markovic. Coup bas entre gaullistes – que je m’y suis replongé. J’ai constaté, d’ailleurs, que l’on n’en sait toujours pas plus qu’à l’époque. Il y a toujours de grosses zones d’ombre sur l’assassinat de Markovicć, et sur l’identité de ceux qui ont exploité cette affaire criminelle pour y mouiller Pompidou.
 
L'Affaire Markovic a-t-elle eu, au final, un impact sur le mandat de Georges Pompidou ?
JYLN : Non, pas vraiment. Cette affaire a été montée pour l’empêcher d’être élu. Quand ce piège a été déjoué, il n’avait plus aucun intérêt. En revanche, Pompidou en a gardé une blessure profonde. Il paraît qu’il portait sur lui en permanence un petit carnet où étaient écrits les noms des personnes qui avaient trempé dans cette ténébreuse histoire
 
À quelles autres magouilles politiques pourriez-vous comparer l'affaire Markovic ?
JYLN : Je ne sais pas trop. Une affaire de mœurs – inventée – pour nuire à un politique de premier plan, cela n’est pas si fréquent. Mais les affaires louches de manipulation, elles, sont nombreuses. Rappelez-vous l’affaire Clearstream. À la fin, on ne savait plus qui manipulait qui.
 
Quels types de documents et d'archives avez-vous utilisés pour réaliser cette bande dessinée ?
JYLN : Travailler d’abord sur un film documentaire m’a amené à rencontrer des spécialistes – historiens, journalistes ayant suivi l’affaire... –, mais aussi les derniers protagonistes de l’histoire, comme Roland Dumas, l'avocat du frère de Stevan Markovicć, ou des témoins de premier plan, comme Alain Pompidou, le fils de Georges et Claude Pompidou. Ils m’ont appris beaucoup de choses qu’on ne trouve pas forcément dans les ouvrages. Et en tout cas, ils m’ont fait part de leur ressenti, et de leurs propres hypothèses. Enfin, il y a le dossier judiciaire, qui est consultable par dérogation, mais qui est lourd de 60.000 pièces… de quoi se noyer ! La difficulté est donc de savoir résumer, synthétiser, angler. Mais consulter les archives audiovisuelles de l’INA avant d’écrire le scénario de la BD m’a permis de m’approcher au plus près du réel. Certaines scènes de la BD sont ainsi des découpages de scènes de reportages télévisés.
 
En quoi ce livre est-il différent des autres albums historiques que vous avez publiés chez Grand Angle ?
JYLN : J’ai souvent revêtu la casquette d’historien, et mes BD sont classées à juste titre comme « historiques ». Toutefois, la BD relève des codes de la fiction. Elle n’est heureusement pas un cours d’histoire, c’est-à-dire qu’il faut savoir mettre en scène l’histoire pour qu’elle se lise comme un roman. Pour servir la narration, j’ai ici inventé le personnage d’un journaliste qui enquête sur l’affaire Markovic. C’est à travers son enquête, avec toutes les fausses pistes possibles et imaginables, que le lecteur avance et progresse lentement dans les méandres d’une affaire nébuleuse.
 
Comment vous êtes-vous rapproché du dessinateur Emmanuel Cassier ?
JYLN : C’est Hervé Richez, le directeur éditorial de Grand Angle, qui nous a mis en relation. Cela a tout de suite bien fonctionné… Il est vrai que nous sommes nés la même année !
 
Cet album pourrait-il donner naissance à une collection consacrée aux principales affaires qui ont secoué la vie politique française ?
JYLN : Ah ! Vous nous donnez une bonne idée ! Mais il me semble que c’est déjà fait. Un autre éditeur a une collection intitulée « Affaires d’État ». Ceci dit, elle est très fictionnelle alors que, de mon côté, j’aime raconter des histoires vraies, car je soutiens que l’histoire est un roman vrai absolument passionnant, et que jamais un scénariste, aussi chevronné soit-il, ne pourrait imaginer autant de rebondissements. C’est d’ailleurs le cas avec cette affaire Markovic. Quel scénariste aurait pu lier un meurtre, l’acteur Alain Delon, le maffieux corse Marcantoni, Georges Pompidou, et le général de Gaulle ? Cela aurait été inimaginable et si peu crédible. Et pourtant...
 

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