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News

26/11/2019

Les coulisse de Jusqu'au dernier - partie 02 - les secrets d'écriture de Jérôme Félix

Encore plus de détails sur la création de "Jusqu'au dernier" avec son scénariste Jérôme Félix! 

 

 

SCÉNARIO


Comme Tome ou Yann, je fais partie de ces scénaristes qui préfèrent livrer leur script sous forme de petits storyboards. Sur les deux premiers tomes deL’Héritage du diable, Paul les suivait scrupuleusement. L’idée était qu’il puisse se consacrer au dessin sans avoir à se soucier de la narration. Aujourd’hui, il a toute latitude de changer mon story qui est de moins en moins précis. Ce qui est étonnant, c’est que je reconnais tous mes trucs dans la mise en scène de Paul, mais en nettement mieux. Je n’en suis pas peu fier...

Story-board de Jérôme Félix à gauche,
celui de Paul Gastine à droite.

 

 

 

RETOUCHE DE PLANCHE


Dans chaque album, il y a toujours des planches qui posent problème. Ici, ce fut notamment le cas pour la 15 qui pourtant, n’avait soulevé aucune inquiétude à la lecture du script.
J’ai immédiatement compris que la page ne fonctionnait pas quand je l’ai vue terminée. Primo, le fait qu’il se passe du temps entre les case 5 et 6 n’était pas suffisamment explicite. Secundo, l’idée que Russell donne ses économies à Kirby pour que ce dernier s’occupe de Bennett m’apparaissait anecdotique alors que c’était censé être l’idée forte de la page. Il m’a fallu une bonne journée pour comprendre que c’était la case 5 qui posait problème. Le fait qu’elle occupe toute la largeur de la page faisait que le lecteur ne savait pas si elle faisait partie de la première partie de la page ou de la seconde. Ça pouvait tout autant être un zoom de la case 4 où un “dézoom” de la case 6. De plus, la taille de la case donnait plus d’importance au visage de Russell qu’à son sac.
En allongeant la hauteur de la case 1 et en réduisant la largeur de la 5, on intégrait cette dernière dans un espace-temps clair (celui où tous nos héros sont ensemble) et dans lequel le sac d’argent venait conclure la scène.


J’ai également demandé à Paul d’enlever la case 7 (celle des sabots) qui cassait le mouvement de la caméra de la seconde partie de la page. Sans les sabots, on part d’un plan éloigné (les cavaliers qui arrivent dans le canyon), on enchaîne avec la case des outlaws vus de dos cadrés en plan moyen et on finit sur un gros plan (Russell). C’est vraiment important d’avoir une logique claire dans un découpage et les sabots vus en gros plan cassaient cette logique narrative. À partir de là, j’ai réécrit les dialogues de la page pour qu’ils correspondent à notre nouvelle narration.


Ce qui est chouette dans notre relation de travail avec Paul, c’est qu’on accepte tous les deux que l’autre puisse intervenir sur notre travail. Paul peut intervenir quand il veut sur mes dialogues par exemple et moi sur sa mise en scène. Comme on veut tous les deux le meilleur livre possible, ça ne pose pas de problème.

 

 

FAIRE DESSINER UNE GRANDE IMAGE À PAUL


Paul déteste ça. Il trouve ça inutile. Pour lui, c’est juste un truc pour dire : « Regardez comme je dessine bien, regardez, regardez ! » Comme Loisel, il est convaincu qu’on peut tout à fait épater le lecteur dans des petites cases bien composées et surtout narratives. Pour Paul, plus de cases, c’est plus d’histoire et tant pis si ça l’empêche de briller. Maintenant que vous savez ça, imaginez combien il fut difficile de le convaincre de dessiner la page 3. Eh bien, en fait non. Il adorait l’idée du titre en prégénérique de l’album... Mais ce fut la seule exception de l’album avec l’image de la page 4. Deux grandes images sur deux pages qui se suivent... incroyable !

 

 

METTRE EN SCÈNE DES COW-BOYS


Avant la guerre civile (1861-1865), le travail des cow-boys consistait à conduire les bovins du Texas vers les marchés de l’Est et de l’Ouest. Mais après-guerre, leur rôle prend une importance vitale. En effet, les Longhorns du Texas doivent désormais traverser la moitié du pays pour nourrir les colons qui affluent dans l’Est. Les voyages qui peuvent durer jusqu’à 4 mois doivent être menés par des hommes expérimentés. Mais malheureusement pour eux, le développement du train va tout changer et en à peine 10 ans, les cow-boys se retrouvent quasiment sans emploi. La plupart n’arriveront pas à se réintégrer dans un monde qui lorgne déjà vers le XXe siècle...
J’adorais vraiment l’idée de mettre en scène la fin d’un monde, celui de l’homme libre qui vit dans la nature et l’arrivée d’un nouveau plus civilisé. À part le western, je ne vois pas d’autres univers où ce contraste est possible.

 

 

CHOIX DU TITRE


Au début du projet, l’album s’appelait : Le dernier cow-boy. Ça n’emballait pas vraiment Paul et on s’était dit qu’on y réfléchirait plus tard. Et puis la séquence qui devait justifier ce titre n’a pas survécu à la seconde version du script. On a donc avancé sans titre jusqu’au moment où l’éditeur nous l’a demandé.


On décide alors de se prendre un après-midi pour arrêter notre choix et au bout d’un moment Paul qui aimait bien le mot “dernier” du titre initial propose Jusqu’au dernier… en me demandant de trouver le dernier quoi. Jusqu’au dernier moment, Jusqu’au dernier soupir, on passe deux heures à essayer des tas de choses sans trouver. Et là, je dis à Paul que Jusqu’au dernier tout court marche parfaitement !

 

 

 

 

CHOIX DE LA COUVERTURE

 

Pour le choix de la couverture, c’est toujours pareil, personne n’est jamais d’accord. Les auteurs veulent ça, les éditeurs autre chose et les commerciaux n’aiment rien... Ça discute, ça hurle, ça s’empoigne !!! Les uns menacent, les autres supplient... Le rituel est immuable

Pour la couverture de Jusqu’au dernier, on a proposé en premier, la couverture qui deviendra celle de l’édition courante mais Bamboo nous a demandé d’autres propositions. Paul a produit une série de 8 images. Pour nous la plus belle visuellement était la 8 mais on était d’accord avec Bamboo pour dire qu’elle ne racontait pas un moment suffisamment percutant. Finalement on a sélectionné la 2 et la 7. Je suis ensuite allé demander conseil à mon voisin et ami Denis Bajram, réputé dans le milieu pour être un magicien de la couverture. Je l’ai vu s’emparer de la proposition 2 et la faire mûrir. Plus de contraste, le fusil remplacé par deux colts. Pour moi, c’était fait, on avait la couv’. Paul adorait. Bamboo moins. On a convenu que Paul finalise les 3 propositions pour arrêter notre choix (couverture édition courante – couverture édition luxe + visuel ex-libris). Mais entre-temps, l’éditeur avait montré la couverture initiale à des libraires qui l’ont adorée. Problème, nous on en voulait plus... Quand je vous dis que les couvertures, c’est toujours le bazar...

25/11/2019

Les coulisses de Jusqu'au dernier - partie 01 -

Découvrez tous les détails de création du western crépusculaire Jusqu'au dernier, avec une interview spéciale de son dessinateur Paul Gastine par son scénariste  Jérôme Félix !

 

 

 INTERVIEW DE PAUL GASTINE PAR JÉRÔME FÉLIX

 

Au début, je me souviens, on voulait se lancer dans un récit d’héroic fantasy. Mais comme l’éditeur voulait absolument un oneshot, on a craint de ne pas avoir assez de place pour développer un véritable univers. Par contre, j’ai complètement oublié comment on en est arrivés à choisir de faire un western ?


Tu m’avais présenté quelques idées de scénario, dont l’histoire pouvait se dérouler à différentes époques et dans différents lieux, mais toujours entre Moyen Âge et début de l’ère industrielle. Moi j’étais frustré de ne pas pouvoir me lancer en fantasy et j’avais notamment commencé à apprendre à dessiner des chevaux. En discutant, on s’est rendu compte que les deux scénarios qui avaient notre préférence, avec des histoires humaines fortes, seraient parfaits dans un cadre western. J’ai orienté mes recherches vers cet univers et l’enthousiasme a très vite grandi. J’avais envie de tout dessiner et plus je me documentais, plus je m’immergeais. Tu étais friand du genre depuis bien plus longtemps que moi, alors il n’y a eu aucune difficulté à s’accorder sur un projet.


Qu’est-ce qui t’a convaincu dans l’histoire que je t’ai alors racontée ?


Plusieurs choses ! En premier lieu les personnages. Je me suis tout de suite attaché au trio principal de cow-boys ainsi qu’à l’institutrice.Mais c’est vraiment le personnage de Bennett qui a été le déclic. La façon dont il était amené dans ton histoire, le fait qu’il était simple d’esprit et fragile dans le monde impitoyable de l’Ouest le rendait attachant à la première évocation, et j’ai su immédiatement que ce serait lui la clé de l’histoire. Avant même de commencer les pages je fourmillais d’idées pour harponner le lecteur avec ce personnage.
Il rendait les deux autres cow-boys attachants. Pas seulement par contraste d’âge ou de caractère, mais parce que j’adorais l’idée que ces types bourrus, à la vie difficile, devaient se coltiner en prime un simplet qui était constamment dans leurs pattes. C’était une mine de beaux moments, de drames et peut-être même de gags. Et puis il y avait Miss Collins, l’institutrice de Sundance, le havre d’humanité et de gentillesse dans une foule de personnages guidés par la colère et le cynisme. J’aimais le fait que tous ces personnages étaient en lutte contre les travers de leur époque. Les cow-boys face à l’industrialisation, l’institutrice face à la misère humaine, sous à peu près tous ses aspects. Tout ce petit monde nageait tant bien que mal à contre-courant, ce qui les rendait forcément très attachants. L’environnement des grandes plaines, le petit village, les montagnes et les gorges ont achevé de me convaincre. J’avais envie de tout dessiner. Comment as-tu réagi quand tu as découvert qu’au final, ce sont les méchants, en l’occurrence le maire de Sundance, qui gagnent à la fin de l’histoire.

 

Quel est ton avis sur ce personnage qui est prêt à tout, y compris au pire pour sauver son village de la misère?


Curieusement, je l’avais envisagé comme le grand méchant à la première lecture et puis j’ai fini par changer d’opinion à mesure que je dessinais l’album. Son village est vieillissant, au bord de l’exode, et c’est toute une vie d’efforts qu’il voit s’effilocher. D’une certaine façon je l’ai trouvé proche du personnage de Russell. Les deux sont rudes, sanguins et s’il le faut, impitoyables. Mais surtout, ils sont amenés à faire des choses terribles, à prendre des décisions catastrophiques par peur et par colère. Ce qui les rend crédibles. À leur place, qui pourrait se vanter de ne pas envisager les choses de leur point de vue? C’est ce que j’ai adoré dans cette histoire : la notion de gentils et de méchants est changeante, sinon absente. Le lecteur est impliqué, c’est pour ainsi dire lui qui fait tomber le verdict. Qui est bon, qui est un salaud, selon ses propres critères. Pour ma part, le seul véritable méchant est l’envoyé de la compagnie, Clifton. L’argent et le merveilleux monde des affaires en prennent pour leur grade dans cet album. Autre point qui m’a motivé.


À l’époque, Undertaker venait juste de relancer la mode du western en BD et se lancer dedans signifiait encore aller jouer dans la cour des grands dessinateurs. En avais-tu conscience et avais-tu peur d’aller sur le terrain de jeu de Giraud, Boucq, Hermann ou encore Blanc-Dumont que tu aimes beaucoup ?


J’en étais conscient, mais j’ai décidé de ne pas en tenir compte. J’avais une histoire à raconter, des personnages à m’approprier et 65 pages à dessiner dans un univers où je débarquais. Autrement dit trop de pain sur la planche pour théoriser ou philosopher. Je me bats encore pour que mes chevaux n’aient pas l’air de girafes. Je ne pense pas avoir été sur le terrain de jeu de qui que ce soit et je n’en ai pas très envie. J’essaie avant tout d’étendre le mien, sans trop me laisser influencer. Je suis une éponge et j’aurais trop vite fait d’adopter un style qui n’aurait plus été le mien.


Comment vivais-tu le fait qu’on allait obligatoirement comparer ton travail à celui de ces dieux du dessin ? Est-ce pour cela que tu as mis 3 ans à réaliser l’album ?


J’ai mis 3 ans à réaliser l’album parce que je suis un imbécile qui ne supporte pas de rendre une page à moitié cuite. Je suis maniaque du détail et la richesse graphique de l’univers western était un piège évident pour quelqu’un comme moi. Je m’y suis laissé prendre avec un plaisir monstrueux. Mon objectif premier, c’était les personnages.
Je voulais les rendre vivants. Ça ne se fait pas d’un claquement de doigts et j’ai travaillé, retravaillé les expressions, les cadrages, les attitudes, jusqu’à atteindre l’effet voulu. Quant aux décors, entre le bois, la roche, les arbres... je me suis peut-être égaré de temps en Ntemps. Mais seul le résultat compte et cet album est le premier dont je sois réellement satisfait, sans aucun regret. Les comparaisons viendront fatalement, mais qu’elles soient positives ou négatives, je saurai que j’ai fait de mon mieux et que l’album nous ressemble avant tout.

 

 

Quel était ton rapport au western ? Y avait-il des livres ou des films qui t’avaient marqué ? Je sais, par exemple, que tu adorais le jeu Red Dead Redemption.


Je l’adore toujours ! Galoper des kilomètres durant dans les plaines, le désert... Je n’oublierai jamais la première fois que j’y ai joué. Le jeu retranscrit vraiment bien la sensation de liberté, mais aussi le caractère impitoyable et hostile de l’époque. Ça a vraiment été la porte d’entrée pour moi. Avant ça, j’avais lu mes Lucky Luke, mes Blueberry et vu quelques films. Mais rien de tout ça ne m’avait jamais donné l’envie de m’y mettre vraiment, de dessiner les chevaux, les trains et tous les autres ingrédients. 

À l’époque je dessinais passionnément d’autres choses. C’est en me documentant pour Jusqu’au dernier que je me suis vraiment plongé dedans. La vie de l’époque, les métiers, le fonctionnement de la société... j’ai tout pris depuis le début, tout découvert. La naissance et l’évolution de la société américaine à ses débuts est un sujet passionnant et un terreau inépuisable d’histoires. Et puis tu m’as prêté Liberty Valance, Rio Bravo, Impitoyable et
j’ai compris que ce que j’aimais dans le western au-delà du décorum, c’était l’humanité qu’il y avait dedans. D’où ma tendance à préférer du John Ford à du Sergio Leone, que je trouve trop axé sur le style et dont les personnages me laissent toujours indifférent. Voilà qui promet des débats musclés en dédicace !

 


Parlons un peu de la réalisation de l’album. Comment as-tu réalisé le casting des personnages ?


Je ne peux pas dessiner un visage qui ne m’emballe pas sur des pages et des pages, alors parfaire le casting était crucial. Je me suis basé sur des acteurs que j’aime, des visages qui m’ont marqué, ou encore un ami par-ci par-là. Emmett par exemple, le tenancier du General Store de Sundance, est un caviste de ma connaissance.
Certaines personnes de la vie quotidienne ont un visage inspirant, qui fait merveille dans tel ou tel style d’histoire, et souvent l’idée de figurer dans un album les botte bien. Il serait idiot de ne pas leur proposer. Miss Collins a hérité d’un peu d’Ellen Page, Russell d’un trait ou deux d’un top model des années 80 dont le nom m’échappe. Qui l’eût cru ? Mais certains traits de visage m’intéressaient, et je les ai intégrés. Pour Bennett, je me suis plus sérieusement basé sur Anthony Perkins jeune. La sensibilité, la fragilité et la sympathie qu’il dégageait, par contraste avec le panel de l’époque, m’a toujours beaucoup plu. Et tous ces aspects de Perkins collaient parfaitement à notre Bennett. Pour le reste, j’ai été piocher dans les «gueules » du cinéma américain et anglais, pour en retirer quelques éléments. Un nez de Woody Harrelson par-ci, un œil de Powers Boothe par là... Clifton, la vipère en haut-de-forme, est très inspiré de John Neville, qui a joué le baron de Münchhausen et Sherlock Holmes dans les années 60. L’important est de ne pas copier, mais de savoir s’approprier ce qu’on aime chez les gens qui nous inspirent, pour réinsuffler cette énergie dans les personnages.

 


J’aimerais aussi connaître les scènes qui furent les plus agréables à réaliser ?


Toute l’introduction de l’album, jusqu’à l’arrivée à Sundance, a été un vrai plaisir. Les décors varient de page en page, on présente les personnages, on voit leur mode de vie. C’était passionnant à mettre en scène et à dessiner. J’ai notamment adoré dessiner la séquence à Abilene, avec les enclos, le train, la banque. La scène avec Orson, le banquier-barbier, a été un régal à faire, car il y a beaucoup de jeu d’acteur. Il y a de la complicité entre les deux vieux briscards, de l’humour. Mais aussi du regret et de l’inquiétude. J’ai adoré faire passer l’idée que ces deux-là se connaissaient depuis trente ans. J’aime aussi beaucoup l’ambiance de la séquence de convoi qui suit, quand Russell rencontre une connaissance dans une ferme, sous la pluie. Je me suis donné à fond sur la lumière du soleil perçant à travers les nuages gris et sur les effets de pluie. Je voulais qu’on puisse sentir la ferme, l’herbe, la gadoue. C’est ce genre de petits défis qui, en dehors de l’intrigue principale, m’amusent le plus. Comment immerger le lecteur par le dessin.

 


Et évidemment celles où tu as le plus galéré. Y a-t-il des moments où tu m’as maudit ?


Moins que sur notre série précédente ! Plus sérieusement, il n’y a pas de séquence que j’aie globalement détesté faire. En revanche pour ce qui est de galérer...les deux tiers de l’album. Rien ne m’a jamais paru évident. Dans le cas contraire, je me serais sûrement ennuyé. Le train, les chevaux, le village sont des éléments qui m’ont rendu fou à l’occasion. Comme je veux que le lecteur ait toujours quelque chose à voir, je m’arrache les cheveux pour en montrer le plus possible tout en gardant une mise en scène sobre, qui ait du sens. Certaines séquences ont été lourdes à réaliser, mais cela tenait à la nature de l’histoire et aux événements tragiques qui y étaient racontés. C’est bien sûr dans de telles séquences qu’il fallait redoubler d’efforts.

 

 

 

Ce qui m’impressionne le plus chez toi Paul, c’est la qualité de jeu de tes personnages qui ne surjouent jamais. La dernière case de la page 38 en est l’exemple typique. Écrire pour toi, c’est comme scénariser un film joué par Al Pacino, De Niro et Marlon Brando. Dis-nous en plus sur ta manière de mettre en scène tes personnages.

 

La mise en scène dépend de la nature de ladite scène. J’essaie avant tout de coller aux personnages, à ce qu’ils font, disent ou pensent dans le script. La mise en scène sera plus nerveuse dans une coursepoursuite que dans un dialogue posé en intérieur. Un des dangers de la mise en scène en bande dessinée, c’est de noyer les personnages sous des effets gratuits. Dans mon cas, les personnages ont toujours imposé la mise en scène. D’une certaine façon ils la dictent, et mon rôle consiste souvent à m’effacer. Cadrages simples et sobres, à hauteur d’homme, et les personnages prennent le relais. Et c’est là que je m’arrache les cheveux. La plupart du temps mes acteurs comprennent vite, mais il faut leur expliquer longtemps ! Dans le pire des cas, je ne les tiens qu’au bout du quinzième crayonné. Mais retranscrire les émotions est ce que je considère le plus important, alors ça vaut le coup de s’accrocher.

 


Bennett, Russell, Kirby et Miss Collins meurent tous dans l’album. Est-ce facile de dessiner la mort des héros d’une histoire ?


Oh non. C’était pénible à faire. D’autant plus qu’il fallait parfois retranscrire la cruauté ou l’absurdité d’une mort, pour le bien de l’histoire. Alors quand on a insufflé la vie à un personnage, qu’on l’a porté longtemps, qu’on s’y est attaché... Non, c’était vraiment pesant. Les morts de Bennett et Kirby ont été les plus atroces à cet égard.

 


Tu te rappelles, à la moitié de l’histoire, je t’ai alerté sur le fait que les lecteurs allaient s’habituer à l’excellence de ton dessin et qu’il fallait absolument leur offrir quelque chose de nouveau pour la suite. À défaut de quoi, ils risquaient d’être déçus. Comment as-tu pris cette remarque et quelle a été ta réaction,
graphiquement parlant ?


Je me souviens que je n’ai d’abord pas trop su quoi faire de cette remarque. J’étais à fond, je ne voyais pas ce que je pouvais donner de plus. Et puis l’histoire a basculé une page ou deux plus tard, et tout ce que je pouvais faire était d’accorder la mise en scène, le dessin et la couleur à ce deuxième acte plus sombre. J’étais moi-même plus sombre après la mort d’un des personnages, alors j’ai balancé toute la hargne que je pouvais aux endroits appropriés. La scène de la course-poursuite dans les gorges a été un vrai défouloir, émotionnellement et graphiquement. Les rochers, la pluie, le vide, une rivière sauvage qui déborde, c’est d’enfer pour se lâcher.

 
S’il y a bien une chose que j’ai compris durant nos 15 ans de collaboration, c’est que tu aimes changer régulièrement d’univers et pourtant tu m’as demandé de t’écrire un nouveau western après Jusqu’au dernier.


Oui, car l’autre histoire dont on avait discuté avant de se lancer me plaisait aussi énormément. Avec cet album, j’ai commencé à trouver mes repères dans l’univers du western et je voulais les exploiter en allant plus loin, dans un environnement différent que je n’avais jamais eu l’occasion d’explorer vraiment. Et franchement, quel dessinateur digne de ce nom refuserait de dessiner une chasse à l’homme dans la neige ?

 

 

20/11/2019

Au coeur des secrets de fabrication de Marius

Découvrez les coulisses du 1er tome de l’anthologique « Trilogie Marseillaise » avec l'interview de son dessinateur Sébastien Morice et un dossier spécial !


INTERVIEW DE SÉBASTIEN MORICE


Pourquoi avoir accepter de rentrer dans la collection Pagnol ?

C’est Hervé Richez (directeur de la collection Grand Angle) qui me l’a proposé alors que je travaillais encore sur L’Île aux remords. J’ai longtemps hésité, car j’avais amorcé un autre projet avec Didier Quella-Guyot. Et puis, pour la « Trilogie marseillaise » (dont il ne me restait que de vagues souvenirs en noir et blanc), je me rappelais essentiellement d’une mise en scène assez statique dans un décor aussi pauvre que restreint. J’avais donc très peur de m’ennuyer sur ce projet au long cours. Mais pour me distraire entre deux planches, j’ai quand même commencé à griffonner les portraits des personnages principaux pour savoir si j’allais les « tenir ». Ces premiers essais m’ont paru concluants et la découverte de la mise en scène très aérée, prévue par Éric Stoffel et Serge Scotto a fini de me convaincre.

Qu’est-ce qui est le plus dur en tant que dessinateur dans les adaptations littéraires ?

Je n’y vois aucune différence par rapport à l’illustration d’une fiction. Le respect du texte de Pagnol et le rythme de l’histoire se sont produits en amont, au stade du scénario. Moi, j’interviens après. Il faut juste veiller à ne pas contredire le texte ni le surligner trop fortement, mais ça, c’est la base du métier et ça vaut pour n’importe quelle histoire. L’une des contraintes principales fut de s’éloigner du film de 1931 très proche de l’imaginaire commun qui justement tourne essentiellement autour de ce premier film...


En tant que breton, ça n’a pas été trop dure de reproduire des paysages provençaux ?

Pas du tout ! Au contraire, je suis extrêmement frustré de dessiner principalement des chaises, du carrelage, des fenêtres et des mâts de bateaux... J’aurais tellement aimé faire courir mes personnages dans la garrigue au milieu des chèvres ! Heureusement, Serge et Éric ont prévu de nous faire découvrir de nombreux lieux insolites ou méconnus du vieux Marseille des années 30. J’ai donc régulièrement des pages où j’ai plaisir à dessiner un décor aujourd’hui disparu et à l’animer grâce à une foule bigarrée. Ça compense !


Que t’a apporté cette nouvelle collaboration ?

Après des années à travailler aux côtés de Didier, qui me faisait une totale confiance sur la mise en scène, j’ai dû me plier aux exigences d’Éric et Serge qui m’ont vite fait comprendre que ce qui était écrit devait être respecté à la lettre ! Pour ma part, ce début de collaboration sur des pages très chargées n’a donc pas été évident. Cependant, je dois avouer que la plupart du temps, leurs options sont aussi réfléchies que judicieuses, et je n’ai donc eu aucun mal à placer mon ego dans ma poche pour me mettre au service de la narration. On peut donc dire que j’y ai surtout appris la précision. Mais audelà du plaisir de la reconstitution historique, cet album m’a principalement permis d’expérimenter l’humour, le ridicule et l’exagération. Et ça, c’est un régal quotidien !


LA GÉNÈSE DE LA TRILOGIE

Dans un message destiné en 1960 au public bruxellois pour le cinquantenaire de la pièce Le Mariage de mademoiselle Beulemans, Marcel Pagnol raconte lui-même la genèse de cette œuvre :


« Vers 1925, parce que je me sentais exilé à Paris, je m’aperçus que j’aimais Marseille et je voulus exprimer cette amitié en écrivant une pièce marseillaise. Des amis et des aînés m’en dissuadèrent : ils me dirent qu’un ouvrage aussi local, qui mettait en scène des personnages affublés d’un accent aussi particulier, ne serait certainement pas compris hors des Bouches-du-Rhône et qu’à Marseille même, il serait considéré comme un travail d’amateur. Ces raisons me parurent fortes et je renonçais à mon projet : mais, en 1926, je vis jouer Le Mariage de mademoiselle Beulemans ; ce chef-d’œuvre avait déjà 16 ans et son succès avait fait le tour du monde. Ce soir-là, j’ai compris qu’une œuvre locale, mais profondément sincère et authentique pouvait parfois prendre place dans le patrimoine littéraire d’un pays et plaire dans le monde entier. J’ai donc essayé de faire pour Marseille ce que Fonson et Wicheler avaient fait pour Bruxelles. C’est ainsi qu’un brasseur belge est devenu le père de César et que la charmante Mademoiselle Beulemans, à l’âge de 17 ans, mit au monde Marius.

Il y a aussi un autre personnage qui doit la vie à la comédie bruxelloise : c’est monsieur Brun qui est assez paradoxalement le fils naturel du parisien Albert Delpierre. J’avais en effet remarqué que son accent faisait un plaisant contraste avec celui de la famille Beulemans et qu’il mettait en valeur la couleur bruxelloise de la pièce.

C’est pourquoi, dans le bar marseillais de César, j’ai mis en scène un Lyonnais.»

04/09/2019

Drakoo prend son envol le 4 septembre, en librairie

En 2019, un dragon pas comme les autres fait son apparition dans le monde de l’édition : Drakoo, la nouvelle maison dédiée à l’imaginaire sous toutes ses formes.

Mondes de Drakoo


Née de la rencontre entre Olivier Sulpice, président-fondateur de Bamboo Édition, et Christophe Arleston, scénariste à succès (Lanfeust, Trolls, Ythaq, Les Forêts d’Opale, Ekhö monde miroir...), Drakoo transporte les lecteurs vers de nouvelles frontières.
De la fantasy à la science-fiction, du fantastique au steampunk, en passant par tous les sous-genres,
Drakoo souffle le feu d’énergies nouvelles dès ce 4 septembre en librairie avec son premier titre : Danthrakon.

Scénarisée par Christophe Arleston, dessinée par Olivier Boiscommun (Le Règne, Pietrolino...) et colorisée par Claude Guth (Lanfeust, Trolls...), Danthrakon narre l'histoire d'un grimoire glouton qui s'empare d'un apprenti cuisinier, dans un monde où la magie règne. Aventure, action et humour sont les principaux ingrédients du premier tome de ce triptyque qui régalera assurément tous les fans de fantasy !

Et si vous êtes connecté.e.s, rendez-vous sur Facebook, Twitter et Instagram pour ne rien rater des news Drakoo !

28/08/2019

Bruno Duhamel et son #NOUVEAUCONTACT buzzent sur Twitter

Avec #NOUVEAUCONTACT, Bruno Duhamel ajoute une nouvelle tête à sa galerie de personnages opiniâtres seuls contre le monde entier, mais cette fois-ci son héros se retrouve littéralement sous les feux croisés de tous les habitants de la planète (pour peu qu'ils aient une connexion internet).

#NouveauContactAprès Cristobal (Le Retour) et Madeleine (Jamais), veuillez accueillir Doug, un photographe écossais misanthrope qui va se retrouver projeté dans une véritable tempête médiatique qui vous rappellera sûrement des dérives bien réelles comme l'affaire du Broccoli Tree.

Résumé : 

Doug vit retranché à Castle Loch. Ancien photographe, il ne montre plus aucun cliché au public. Pourtant, quand au bord du lac, il shoote une créature étrange, il partage le cliché sur le réseau social Twister. Avec ce geste anodin à notre époque de réseaux sociaux omniprésents, il déclenche des événements qu’aucun n’est prêt à supporter. Le petit morceau de paradis qu’est Castle Loch devient un enfer alors que des légions de journalistes, d’écologistes zélés, de suspicieux ou de simples curieux débarquent pour tenter d’apercevoir la créature.

Tout ceci va bien entendu dégénérer et prendre des proportions absurdes à cause de la bêtise humaine et de ses amplificateurs 2.0 : les réseaux sociaux.

Une histoire terriblement d'actualité qui a séduit Le Roi des rats, youtubeur spécialisé dans l'analyse des dérives d'internet. L'influenceur en a donc fait une critique vidéo sur Twitter – vue plus de 35000 fois, à ce jour – pour la présenter à ses abonnés et leur a même proposé de gagner 5 exemplaires de la bande dessinée. Vous avez Twitter ? Rendez-vous ici pour essayer de remporter la nouvelle pépite de Bruno Duhamel !

Nous espérons que #NOUVEAUCONTACT vous plaira et que vous serez nombreuses et nombreux à partager votre coup de cœur sur les réseaux sociaux, mais aussi IRL* !

*IRL : In Real Life (dans la vraie vie)

16/04/2019

Bons baisers de Russie et d'Ukraine de la part d'Aurélien Ducoudray

Cette année, Aurélien Ducoudray passe au crible l'Histoire contemporaine venue de l'Est, sous les crayons d'Anlor et de Christophe Alliel.

Maidan LoveDucoudray (scénario), Christophe Alliel (dessin), Albertine Ralenti (couleur)

Hiver 2014 : dix ans après la « révolution orange », l’Ukraine est à nouveau en proie au chaos. Sur le Maïdan, la grande place de Kiev où se joue l’avenir politique du pays, pro-Russes, pro-occidentaux et néonazis s’affrontent dans une ambiance de manipulation et de corruption généralisée… Mais pour Bogdan, le jeune policier, il y a encore plus important que la révolution : retrouver Olena, sa fiancée manifestante…

Maidan Love

Camp Poutine – Ducoudray (scénario), Anlor (dessin & couleur)

Chaque année, le commandant Ryabkhov accueille une trentaine d’enfants pour des vacances un peu spéciales. Au camp Poutine, les activités ressemblent plus à celles d’un stage commando qu’à une sympathique virée entre scouts. Parcours du combattant,marche forcée, reconnaissance, mission d’infiltration, et bien sûr séance de tir au fusil d’assaut : en quinze jours, ces gamins auront été transformés en fiers défenseurs de la Mère Russie. Cerise sur le gâteau, le meilleur élément de ce stage paramilitaire aura le privilège de passer quelques instants avec Vladimir Poutine, dont l’une des datchas est située non loin de là. De quoi motiver les troupes, en particulier Katyusha, qui revient au camp Poutine pour la seconde fois, bel et bien déterminée cette fois à rencontrer le président de la Fédération de Russie.

Camp Poutine

 

07/11/2018

Les souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol et la Provence à l'honneur chez Grand Angle

Faites souffler un vent provençal sur votre mois de novembre avec les deux nouveaux ouvrages de la collection Marcel Pagnol !

Pagnol novembre 2018

Après La Gloire de mon père, Le Château de ma mère et  Le Temps des secrets, Le Temps des amours vient achever les "Souvenirs d'enfance" de Marcel Pagnol le 14 novembre 2018.

Ce cycle ayant lancé la collection des adaptations des œuvres de Marcel Pagnol en bandes dessinées trois ans plus tôt, nous avons décidé de marquer le coup en publiant La Gloire de mon père en version provençale. La Glori de mon paire sera donc disponible dès le 7 novembre 2018 pour tous les amateurs de langue provençale.

La Glori de moun paire

Découvrez La Gloire de mon père en provençal

Le Temps des amours

Découvrez Le Temps des amours

10/10/2018

Le Oki d'Odzala s'expose à Quai des Bulles 2018

Le festival Quai des Bulles est reconnu pour ses sublimes expositions sur les coulisses ou les univers des bandes dessinées qui permettent de s'émerveiller entre deux dédicaces. Cette année, l'une d'entre elles met à l'honneur A. Dan et le projet Des Gorilles et des hommes...

Exposition-Gorilles et des hommes

Au printemps 2014, A. Dan (Merlusse, Jazz) est parti deux mois pour suivre des primatologues bretons qui étudiaient les gorilles au Congo-Brazzaville, en pleine jungle équatoriale, dans le parc national d’Odzala-Kokoua
Photo-Equipe Gorilles et des hommes

En parallèle de la mission scientifique et des paysages magnifiques, l'auteur y découvrira également le braconnage et les contes africains. Il sera notamment frappé par la violence et la complexité du trafic de l’ivoire et de la viande de brousse, envers les animaux, mais aussi avec les hommes. Tout cela dans le contexte du virus Ébola faisant rage régulièrement. C'est de cette expérience qu'est née la bande dessinée Le Oki d'Odzala, publiée en mai 2018 chez Grand Angle.

 Couverture-Oki Odzala

Face à la richesse du projet, le Service Culturel de l'Université de Rennes 1 – avec le concours du salon Quai des Bulles – a donc mis en place une exposition autour des travaux de recherche qui ont accompagné la création de cet album et le carnet de voyage, publié aux éditions de La Boîte à Bulle, en 2015.

Phot-Exposition des Gorilles et des hommes

Photo-Expo Des Gorilles et des hommes-2

Installée au centre Salvador Allende de la ville de Saint-Malo, l'exposition se déroulera du 6 octobre au 2 novembre 2018 et proposera un vernissage le jeudi 11 octobre en présence de l'auteur.

Durant le festival, vous pourrez prolonger votre découverte de l'œuvre et de l'auteur grâce à des dédicaces sur le stand de Bamboo édition (stand B19-C18) et celui de La Boîte à Bulles, mais également en dehors de la l'espace dédié aux éditeurs :

  •  Vendredi 12 octobre :
    - 9h - 12h : visite de l'exposition par trois classes scolaires en compagnie de l'auteur
    - 17h -19h : dédicace sur le stand de Bamboo édition
  •  Samedi 13 octobre :
    - 9h30 - 12h30 : dédicace sur le stand de Bamboo édition
    - 15h30 - 16h30 : conférence en Facebook live sur la page Facebook de Grand Angle

Enfin, si vous disposez d'un compte Twitter, n'hésitez pas à participer au jeu concours organisé par l'Université Rennes 1 pour tenter de remporter l'un des cinq exemplaires du Oki d'Odzala en jeu.

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